La course à la performance guide notre économie de la santé. Pourtant, un désaccord subsiste sur le fond, un non-dit magistral : qui en sera le juge final ? L’argent ? La tutelle administrative ? L’usager ? La science médicale ? Cette course suppose aussi une gouvernance légitime et compétente pour arbitrer les choix essentiels. A coup de grandes réformes jacobines, la décennie précédente en a mis en place les structures, les normes, les règles. Mais posons-nous ouvertement la question :
qu’en est-il du fond ? Des valeurs ? Des finalités ?
Il faudra que la décennie suivante permette aux établissements de se doter d’une véritable stratégie. Mais pas un business plan ! Pas un plan de gestion ! Un véritable projet qui tire les parties prenantes vers des finalités supérieures, dont l’efficience n’est qu’une composante. Sinon nous bureaucratiserons la performance et nous laisserons sur le bas coté du progrès, ceux qui n’ont pas voix au chapitre. Sinon, notre gouvernance sera une mascarade, voire une manipulation !
D’immenses progrès sont possibles. Dans toutes les disciplines médicales existantes, dans la philosophie du « care », dans les interfaces avec l’ambulatoire et les établissements médico-sociaux. Dans l’éducation thérapeutique. Dans l’implication des usagers comme coauteurs et coacteur du système de santé, notamment dans les maladies chroniques. Dans la procréation comme dans les soins palliatifs. Dans les fonctions d’accueil, d’hôtellerie, de services aux usagers. Dans l’e-santé et la télésanté. Dans l’humanitaire. Tiens, justement, performance et humanisme : ne serait-ce pas là notre défi ? Et si l’humanisme redevenait la finalité, par exemple des EPP ou des coopérations hôtital-ville, la performance n’est serait-elle pas grandie ?



